Paternité littéraire et droit(s) d’auteur

D’un naturel simple, j’avais jusque récemment la naïveté de croire que pour un homme qui écrit, le droit d’auteur était sacré.

J’avais d’ailleurs pondu un texte pour dénoncer les éditeurs qui s’autorisent à bafouer ce droit1, et ce texte avait eu l’heur de plaire puisque plusieurs correspondants m’avaient demandé la permission de le reproduire.

C’est donc désarmé et en toute confiance que je suis descendu dans l’arène. Un correspondant m’avait mis en contact avec un éditeur québécois qui se targuait d’éditer mes derniers ouvrages, avec la perspective évidemment prometteuse de traductions, au moins en anglais et en espagnol. Le Pérou, si j’ose dire, pour un auteur isolé.

Une fois établi le contact – fort cordial –, j’eus la surprise de recevoir le message suivant :

« Je souhaite revenir sur la question des corrections.
En effet, tant mieux s’il n’y a rien à corriger à part quelques coquilles, cela nous facilitera la vie. Toutefois, dois-je comprendre que vous n’acceptez pas même une suggestion d’amélioration de phrase ?
Outre le fait que j’ai lu les commentaires sur Amazon, cela risque de compliquer le travail des traducteurs.
Donc si telle est votre exigence d’entrée, il est évidemment impossible de commencer une collaboration, d’autant plus que le livre porte aussi notre marque, donc nous sommes responsables de ce que nous publions, également sur la forme. »

À toutes fins utiles, il est utile de noter que « les commentaires sur Amazon » s’élèvent à une dizaine (mes lecteurs peuvent aller vérifier), qu’hormis un franchement hostile, ils sont plutôt positifs et que, en tout état de cause, ça fait quand même peu pour un livre qui vit sa vie depuis environ dix ans (pour un nombre d’exemplaires qui doit avoisiner deux mille – ce qui n’est quand même pas mal pour un bouquin qui a négligé tous les circuits de diffusion classiques). Le prétexte des traductions est totalement idiot – surtout pour un éditeur international : toute traduction exige une collaboration de l’auteur. Comment dire « merde » en tchèque ou en japonais ? Mais ce cas de figure ne change évidemment rien au fait que quand j’ai dit « merde » dans ma langue maternelle et surtout dans ma façon d’écrire, c’est au terme d’un processus volontaire et conscient.

Au titre de ses faits d’armes, mon éditeur cite, non sans complaisance, un certain nombre de blaireaux que j’ai passé mon temps à ridiculiser (par exemple le dénommé Serge Rader, récemment disparu, et qui s’est constamment vautré sur la question de l’aluminium) et qui ne font certainement pas partie des gens qui se soucient de ce qu’ils ont écrit précisément, quand une part significative de ma crédibilité tient à la cohérence et à la constance de mes points de vue. J’ai l’immodestie de penser qu’une « marque » qui publie ça n’aurait rien à perdre dans une collaboration avec Marc Girard.

Bref : on est là en présence d’un « éditeur » qui se soucie comme d’une guigne des questions de paternité littéraire2 et s’autorise, comme si ça allait de soi, à tenir la plume de ses auteurs – sur des sujets éminemment techniques de surcroît qui requièrent un minimum de connaissances et compétence n’appartenant certainement pas au bagage de l’éditeur moyen.

Nous, sommes je crois, en macronie profonde, avec des gens qui s’autorisent à publier sur n’importe quoi – notamment sur des sujets où leur incompétence est flagrante.

Mais, on l’a dit depuis l’apparition du personnage dans le monde médiatique, un Macron ne surgit pas par hasard à partir de rien. En l’espèce, il est utile de relever que l’intermédiaire qui m’avait mis en contact avec cet éditeur idiot préside une association d’anti-vaccinalistes : entre gens qui s’autorisent à pérorer sur des sujets techniques qui leur échappent…3.

 

 

  1. C’était la préface de mon ouvrage autoédité La Brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne (2013).
  2. Dans son premier courrier de contact, il ne s’abaisse même pas à citer correctement le titre de l’ouvrage qu’il veut éditer: “La brutalisation de la femme” et non pas “La brutalisation du corps féminin”.  Si les éditeurs commencent à s’emmerder avec le titre des ouvrages qu’ils éditent…
  3. La présente note est contemporaine d’une nouvelle sortie de Frachon suscitant les réactions de lecteurs qui se rappellent très bien ce que j’ai écrit sur elle – qui n’était clairement pas élogieux