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Actualité des sites de merde : VACCINCLIC

mercredi 26 décembre 2018 par Marc Girard

RÉSUMÉ - Le présent article fait suite à la question d’une collègue concernant la crédibilité du site VACCINCLIC, lequel se propose de donner « une réponse scientifique aux idées reçues du patient sur la vaccination » : mon projet est de montrer par l’exemple qu’il n’est pas nécessaire de se laisser noyer dans des débats interminables pour formellement réfuter les fake news distillées par les fabricants et leurs larbins (autorités politiques et sanitaires, responsables plus ou moins bornés de sites militants…). En se limitant aux dix premières lignes du premier écran, on montre que les responsables du site n’ont aucune connaissance ni de la réglementation en vigueur, ni des données technico-scientifiques pertinentes, ni des problèmes pourtant graves posés par le passage de traitements curatifs à des traitements préventifs. On conclut sur la nécessité de ne pas épuiser ses forces à réfuter tous les blaireaux qui crient sur la Toile.

Tables des matières

  1. Introduction : « une réponse scientifique aux idées reçues »
  2. Droit à l’erreur et faute de rigueur
  3. Conclusion : économiser ses forces

Introduction : « une réponse scientifique aux idées reçues »

Voici quelques jours, une collègue fidèle lectrice m’interroge de la façon suivante :

« Qu’avez-vous à dire sur ce site, destiné aux professionnels ?

https://vaccinclic.com/index.php/10... »

Facile… Il suffit de cliquer sur ce lien destiné à fournir « une réponse scientifique aux idées reçues du patient sur la vaccination » pour tomber, dès les premières lignes du premier écran, sur la phrase suivante :

« L’hypothèse d’un lien entre la vaccination contre le virus de l’hépatite B (VHB) et la sclérose en plaques a été suspectée pendant la campagne de vaccination en milieu scolaire contre le VHB dans les années 90, à la suite de notifications de cas de maladies démyélinisantes centrales. »

« La campagne de vaccination en milieu scolaire » ayant été lancée par Douste-Blazy en septembre 1994, c’est donc forcément après cette date que des cas de maladies démyélinisantes centrales auraient été notifiés. Manque de pot, c’est FAUX – et ça la fout mal de commencer comme ça dans un site supposé distiller l’information correcte auprès du public.

À ma connaissance, le premier document significatif mentionnant des scléroses en plaques après vaccination contre l’hépatite B date de 1991, il émane directement du fabricant d’Engerix B, au titre très officiel du premier rapport périodique quinquennal tel que programmé par les réglementations internationales cinq ans après la première autorisation de mise sur le marché (laquelle, pour la spécialité en question, date de 1986). Ce rapport périodique étant un récapitulatif de la pharmacovigilance après commercialisation, il est évident que « les notifications de cas » dont il fait état ne peuvent qu’être antérieures à sa date de diffusion (1991).

Soit une erreur de plus de cinq ans sur la chronologie du problème de pharmacovigilance concernant la survenue de pathologies démyélinisantes après vaccination contre l’hépatite B : ça fait un peu léger pour « une réponse scientifique » à un problème de sécurité pressenti dès 1975 (vingt ans avant la chronologie « scientifiquement » reconstituée par Vaccinclic) dont la portée médicale, administrative et judiciaire devrait aller de soi…

Droit à l’erreur et faute de rigueur

Posons comme un constat d’évidence que n’importe lequel d’entre nous peut commettre des erreurs. Mais il y a erreur et erreur : une erreur, surtout quand elle est répétée, s’appelle un « biais » lorsque, jouant toujours dans le même sens (et non aléatoirement s’il s’agissait effectivement d’une erreur), elle vise manifestement à altérer la vérité des faits.

Sans entrer dans le détail d’un inventaire qui nous occuperait presque à chaque ligne (et même, souvent, plusieurs fois par ligne), constatons que l’information « scientifique » diffusée par Vaccinclic vise à accréditer que les suspicions de pathologie neurologiques post-vaccinales émaneraient de blaireaux acharnés à semer le doute sur la tolérance sinon parfaite (ou quasi) des vaccins contre l’hépatite B. Il est ici démontré, et sans la moindre difficulté, que les insinuations de Vaccinclic sont parfaitement fausses.

Une fois encore, il ne s’agit pas d’hystériser à propos d’une malencontreuse erreur comme n’importe lequel d’entre nous peut en faire.

  • Le document qui manque à l’information pourtant « scientifique » des responsables du site est fondamental. Il est ainsi démontré que ces derniers ignorent tout de la réglementation pourtant fort pointilleuse qui gouverne les modalités de surveillance après commercialisation de n’importe quel médicament [1]. Cette ignorance est d’autant plus catastrophique pour les auteurs que les modalités technico-réglementaires de cette surveillance sont au cœur des sempiternels arguments visant à garantir la vigilance sans faille avec laquelle les autorités sanitaires sont supposées veiller à la sécurité des populations (pédiatriques, notamment) exposées aux vaccins.
  • L’erreur concernant la chronologie des notifications d’accidents neurologiques post-vaccinaux n’est pas la goutte d’eau perdue dans un puits de science : c’est à chaque phrase, presque à chaque mot que se manifeste l’ignorance crasse des auteurs. Pour s’en tenir simplement aux dix malheureuses lignes du premier écran :
    • il est faux qu’aucune pathologie démyélinisante n’ait été rapportée « chez les nourrissons vaccinés » ;
    • l’idée que « le taux retrouvé via les notifications de cas correspondait au taux attendu dans cette tranche d’âge », outre sa stupidité intrinsèque (compte tenu de la sous-notification), est formellement démentie par une publication internationale de la pharmacovigilance française [2] ;
    • qu’il soit faux, d’autre part, que la vaccination pourrait « exacerber une SEP chez les sujets vaccinés » n’explique pas pourquoi l’argument a été promu par les autorités sanitaires françaises et, notamment, réitéré par elles durant des décennies à chaque édition du Vidal, ni enfin pourquoi cette idée d’exacerbation a été complaisamment médiatisée par A. Castot (la responsable française de toutes les vigilances) comme un acte de résistance héroïque contre la pleutrerie des autres administrations européennes acharnées à nier la réalité de cette exacerbation (« certains pays finiront par comprendre » [3])…

À côté de cette bordée d’erreurs grossières – dès les dix premières lignes – illustrant la méconnaissance des auteurs au sujet de la vaccination contre l’hépatite B, il faut aussi relever les perles qui, dès le bandeau inaugural du site, suggèrent leur évidente incompétence en matière de vaccinations. Outre la globalisation (LA vaccination, et non pas les vaccins – qui n’ont aucune raison "scientifique" d’être englobés dans un tout homogène), on notera leur sollicitude à l’endroit du « patient » confronté à « la vaccination » : or et jusqu’à preuve du contraire, un patient est un sujet malade ou supposé l’être, cette terminologie fautive suggérant que les responsables du site n’ont pas dû consacrer une énergie considérable à la différence entre curatif (destiné aux malades) et préventif (destiné aux bien-portants), pourtant cruciale pour répondre de façon « scientifique » (voire, soyons fous, morale) aux interrogations des gens sur la/les vaccinations…

Conclusion : économiser ses forces

Il va de soi que le jeu de massacre inauguré par le présent article pourrait se poursuivre, voire s’accélérer, au rythme – laborieux – des écrans suivants, mais à quoi bon [4] ?

Malgré son apparente simplicité, l’objet de cet article était authentiquement méthodologique et profondément politique : alors que Big Pharma use de toute sa puissance financière pour noyer le débat dans une foultitude de données plus ou moins caviardées et, de toute façon, sans pertinence avec le fond du problème posé par la politique vaccinale des autorités, on a voulu montrer par l’exemple qu’il n’est nul besoin d’échafauder des argumentaires idiots pour fournir au gentil blaireau de base des moyens simples pour se faire son idée moyennant des données faciles à vérifier et un minimum de logique.

Ce n’est pas un hasard que le présent site soit dédié au souvenir d’un FFI de vingt ans socialement isolé et quasiment privé d’armes. Quand on prétend résister à la force brutale et qu’on n’a la supériorité ni du nombre, ni des moyens matériels, il faut compenser par l’intelligence, par la vaillance et par la pureté du coeur - en évitant de s’inventer des risques qui n’ont jamais existé, pour s’exonérer de ceux, bien réels, que les faux-culs n’oseront jamais affronter.

[1] Parler de pharmacovigilance quand on ne connaît pas les règles de base de la spécialité, c’est un peu comme écrire un Manuel de sexologie pratique quand on est puceau… Ou comme disserter sur la Révélation chrétienne quand on n’a jamais entendu parler des Évangiles.

[2] Fourrier A, Begaud B, Alperovitch A et al. Hepatitis B vaccine and first episodes of central nervous system demyelinating disorders : a comparison between reported and expected number of cases. Br J Clin Pharmacol 2001 ; 51(5) : 489-90.

[3] Eurêka, juin 1998, n° 32 : 30-32.

[4] On manquerait à l’esprit didactique du présent article en ne relevant pas l’éloquente ingénuité avec laquelle les responsables du site clament qu’ils n’ont aucun lien d’intérêt – notion à laquelle ils n’ont pas dû réfléchir plus profondément que la distinction curatif/préventif. Deux choses ont échappé à nos promoteurs « scientifiques » de LA vaccination-pour-patient : d’une part qu’il n’est nul besoin d’acheter ceux qui n’ont aucune idée personnelle pour amplifier le bruit de fond qui fait l’affaire des puissants, d’autre part qu’il y a un « intérêt » certain à s’aligner docilement sur ce bruit de fond et à ne pas faire de vagues (par exemple, en accréditant que les accidents neurologiques après vaccination seraient une invention d’activistes « anti », quand les premières informations sur le sujet ont émané directement du fabricant). Naguère, on incluait ces « scientifiques » intransigeants dans ce qu’on appelait « la majorité silencieuse », avant qu’Internet ne leur donne le moyen de faire du bruit avec leur bouche. Antérieurement à Internet, toutefois, on avait une notion classique qui n’est pas arrivée à obsolescence : celle des moutons de Panurge. Qui a jamais cru qu’il faille payer des moutons pour bêler avec le troupeau ?


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