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L’élargissement des obligations vaccinales devant le Conseil d’État

jeudi 11 avril 2019 par Marc Girard

RÉSUMÉ - Le Monde de ce jour (11/04/19) [1] rapporte l’audience qui s’est déroulée devant le Conseil d’État après jonction de deux plaintes, l’une de la Ligue pour la liberté des vaccinations (LNPLV) , l’autre de l’Institut pour la protection de la santé naturelle (IPSN, dont le comité « scientifique » est présidé par quelqu’un d’aussi crédible qu’H. Joyeux) concernant les risques de l’aluminium. Le quotidien du soir, possédé par des gens politiquement aussi crédibles que X. Niel, se réjouit que les arguments des deux plaignants aient été « balayés » par le Conseil d’État. La présente note vise à développer une argumentation sérieuse qui, au contraire de celle des plaignants, était de nature à contrarier la frénésie balayeuse du Conseil d’État.

Table des matières

  1. Argumentation de la HAS : analyse
    • Remarques liminaires
    • L’autorité de l’OMS
    • Les arguments de l’OMS
    • Les arguments des autorités françaises
  2. Les mobiles d’un argumentaire fallacieux
  3. Conclusions récapitulatives

Introduction : les arguments en présence

Il faut dire que le coup de « balai » opéré par le Conseil d’État s’est trouvé facilité par la consternante nullité des arguments développés par les plaignants.

  • L’avocat de la Ligue s’est concentré sur l’élargissement de l’obligation vaccinale contre l’hépatite B, en plaidant « l’abus de pouvoir », ce qui témoigne d’une certaine audace concernant une loi qui a été votée par le Parlement, et à une large majorité : en donnant acte à la LNPLV de son argument, le Conseil d’État aurait consacré le pouvoir de la rue comme seule alternative…
  • Celui de l’ISPN, dont le comité « scientifique » est présidé par quelqu’un d’aussi crédible qu’H. Joyeux, s’est concentré sur les risques présumés de l’aluminium – dont la toxicité serait caractérisée par une lésion biopsique dont la seule « caractéristique » se limite à ladite biopsie, dont le caractère « inédit » tient au fait que les créateurs de l’entité « myofasciite à macrophages » ignoraient qu’elle avait été décrite bien avant, et dont le succès auprès des anti-vaccinalistes paraît ignorer que, selon le créateur du concept, « il faudrait être fou pour être [anti-vaccinaliste] » (Le Parisien, 22/09/17) [2].

L’article qui suit a la prétention de compliquer l’enthousiasme balayeur et communicatif du Conseil d’État et d’effriter, notamment, les rodomontades du rapporteur public sur « le vide scientifique » censé caractériser l’opposition à l’élargissement des obligations vaccinales. La conviction du rapporteur public était fondée sur une note de la Haute Autorités de Santé (HAS) qu’il est facile de se procurer et qui était organisée en deux parties : i) les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ii) l’écho de ces recommandations auprès de « la quasi-totalité des pays membres de l’OMS », dont la France.

Conformément à mes recommandations constantes et aux antipodes de la fascination des intervenants pour les « experts » effectifs ou présumés, la brève argumentation qui suit s’inscrit dans un cadre résolument démocratique : explicite dans ses références dûment vérifiables et, à ce titre, appropriable par le premier blaireau venu. Bref : un exercice d’expertise dont la principale caractéristique est qu’on peut s’y passer de tout expert [3].

Argumentation de la HAS : analyse

Remarques liminaires

Non-respect des Bonnes Pratiques

Au mois de décembre 1994, les autorités sanitaires françaises (Agence du Médicament, à l’époque) ont publié des « Bonnes pratiques de Pharmacovigilance », dont la portée réglementaire a été immédiatement précisée par le Décret n° 95-278 du 13/03/95, avant qu’elles ne soient intégrées au Code de la santé publique.

Dès l’origine, une section de ce document, intitulée « Bonnes pratiques de publication » fixait des normes de qualité concernant la communication médico-scientifique sur la tolérance des médicaments. Il y était précisé que celle-ci devait se faire « sous forme de publications de bonne qualité », c’est-à-dire essentiellement des publications issues de journaux à comité de lecture (la même exigence réglementaire prévalant, de toute façon, au niveau de toutes les publications sur les médicaments, qu’elles soient centrées sur la tolérance ou sur l’efficacité).

Or, il suffit de se reporter aux quinze références citées par la HAS pour constater que pas une seule ne correspond à cette exigence pourtant élémentaire de qualité éditoriale, dont on vient de rappeler qu’elle était pourtant d’ordre réglementaire.

Circularité de la démonstration

Cette désinvolture de la HAS à l’endroit des données sources fiables conduit à une circularité de référencement qui réduit à pas grand-chose la validité scientifique de sa démonstration.

  • On part sur une recommandation de l’OMS qui n’est sourcée par rien d’autre que « des réunions d’experts internationaux » ;
  • la même recommandation aurait été « réitérée » ensuite, et même « régulièrement » ;
  • elle a été reprise en France par le Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF), puis par le Haut conseil de la santé publique (HCSP), en référence directe aux… « experts internationaux réunis par l’OMS ».

Cette circularité est encore aggravée par une multiplication artificielle des intervenants, visant clairement à créer un effet d’unanimité dans les instances citées par la HAS à l’appui de son argumentaire : il faudrait croire ainsi que l’INPES ET Santé publique France ont pris position pour la politique vaccinale recommandée par la HAS, alors qu’il suffit d’aller sur le site de la seconde organisation pour constater que c’est la même que la première… On n’est pas très loin des pratiques d’Ancien Régime par lesquelles le même aristocrate pouvait se voir désigné par une foultitude de titres tous plus divers les uns que les autres : la HAS n’a pas connu la nuit du 4 août…

À l’appui de cette circularité, d’autre part, on chercherait en vain la moindre donnée source satisfaisant un minimum de rationalité scientifique. Pour ne s’en tenir qu’à cet exemple éloquent, il faudrait croire que faute des données « dures » (Feinstein) justifiant la diminution du nombre de doses et la suppression des rappels, le schéma vaccinal retenu sur une base non spécifiée peut « probablement protéger toute la vie » (sic) : on peut rêver plus convaincant comme démonstration épidémiologique concernant une des sous-populations classiquement les mieux protégées par la recherche clinique : celle des nourrissons…

L’autorité de l’OMS

Bien qu’elles aient été estampillées « OMS », les premières recommandations concernant la vaccination contre l’hépatite B ont émané d’une autre instance, le « Viral Hepatitis Prevention Board » (VHPB), créé, noyauté et financé [4] par les principaux fabricants de vaccins à l’époque, notamment le Laboratoire SmithKline Beecham (SKB) fabricant du principal vaccin vendu à l’échelle internationale (Engerix B) et racheté depuis par Glaxo SmithKline (GSK).

Selon une démarche commerciale parfaitement classique dans l’industrie pharmaceutique (mais relativement méconnue du corps médical), ces recommandations fortement intéressées [5] ont été médiatisées par un colloque international s’est tenu à Cannes du 22 au 24 novembre 1993, organisé sous l’égide théorique de l’Organisation Mondiale de la Santé, et dont les actes ont été publiés, en anglais, dans un numéro spécial du journal international Vaccine (vol. 1, suppl. 1, 1995) : la lecture de ce numéro spécial atteste le rôle de SKB dans le financement de cette manifestation. Il y était soutenu que, dans la plupart des pays développés, l’hépatite B était un problème de santé publique « significatif » (significant), qu’une vaccination ciblée sur les groupes à haut risque avait échoué (has failed) et qu’il convenait dès lors de se tourner vers une politique de vaccination « universelle » (universal) (p. S89).

Il est utile, à cet endroit, de rappeler qu’exactement la même stratégie commerciale (noyautage de l’OMS par des comités d’experts liés aux fabricants) a été utilisée en 2009, pour crédibiliser l’existence d’une « pandémie » H1N1 (« grippe porcine ») et émettre des recommandations alarmistes visant à une vaccination généralisée. Outre que tout un chacun a pu prendre la mesure de cette pseudo-pandémie (qualifiée de « grippette » par le député Bernard Debré) :

  • au Royaume-Uni, l’histoire de cette manipulation a fait l’objet d’une enquête approfondie dont les accablantes conclusions ont été publiées dans l’éminent British Medical Journal [6] ;
  • aux Pays-Bas, une enquête parlementaire a été diligentée au sujet du Prof. Osterhaus , conseil de l’OMS et spécialiste mondialement reconnu de la grippe, qui a joué un rôle majeur dans l’alarmisme autour du H1N1, malgré les liens financiers qui le liaient aux fabricants de vaccins [7] ;
  • en France, la presse a rendu compte du coût lié à l’achat inutile de 90 millions de doses de vaccin, puis à la nécessité (onéreuse également) de procéder à la destruction des stocks. Une enquête a également été publiée dans Le Parisien (26/01/2010) sur les liens d’intérêts des experts dont s’était entouré le Ministre de la santé.

Il peut être pertinent pour l’espèce de relever que malgré les preuves accumulées autour de ces malversations, aucune sanction judiciaire ou professionnelle n’a jamais été prise contre les responsables. Il est notoire, notamment, qu’en France, les mêmes experts ont continué d’être missionnés par les autorités sanitaires et politiques.

Les arguments de l’OMS

Sans entrer dans une critique systématique de l’argumentaire repris par la HAS sous couvert de l’OMS, les quelques exemples qui suivent suffiront à en effriter la crédibilité.

Modes de transmission

L’OMS admet que la fréquence de l’hépatite B varie grandement selon les régions du monde, mais n’en tire curieusement aucune conclusion pratique (« quel que soit le degré d’endémicité »). En particulier, à aucun moment n’est abordé ce paramètre pourtant essentiel du mode de contamination :

  • dans les pays à forte fréquence, un grand nombre de femmes sont porteuses du virus, de telle sorte que la contamination est « verticale », c’est-à-dire automatique, de la mère à l’enfant ;
  • dans les pays à faible fréquence comme la France, la transmission est « horizontale », c’est-à-dire essentiellement par contact sexuel : il est parfaitement démontré que la prévention la plus efficace, la moins risquée et la moins onéreuse est la même que celle qui a fait ses preuves pour le HIV (mesures d’hygiène, rapports protégés [8].

Sûreté des vaccins contre l’hépatite B

Il est curieux que l’Organisation Mondiale de la Santé date de 1982 l’apparition de « vaccins sûrs et efficaces contre l’hépatite B », car la première spécialité de diffusion internationale (Engerix B) n’a été introduite qu’en 1986 sur le marché international. De diffusion très restreinte, la principale spécialité disponible antérieurement était française et il suffit de se reporter à l’histoire réglementaire de la pharmacovigilance française pour constater qu’elle n’était pas opérationnelle en 1982.

Quoi qu’il en soit de ces circonstances, l’OMS passe curieusement sous le silence que la première alerte concernant la neurotoxicité de la vaccination contre l’hépatite B n’a pas été le fait d’activistes anti-vaccinalistes : elle s’est faite à l’échelle internationale, et a émané du fabricant lui-même en date de 1991. L’occasion en a été la contrainte réglementaire du rapport périodique de tolérance (PSUR pour Periodic Safety Update Report) imposé par la réglementation internationale pour le cinquième anniversaire de la première autorisation de mise sur le marché (AMM) laquelle, dans le cas d’Engerix B, avait été obtenue en 1986, en Belgique. Les détails de cette chronologie sont clairement récapitulés dans le premier rapport de l’enquête nationale de pharmacovigilance ordonnée en France, daté du 15/12/1994.

La portée de cette première alerte se renforce des faits suivants :

  • dès 1975, un éminent spécialiste d’immunologie avait attiré l’attention de la communauté scientifique internationale sur la plausibilité biologique qu’un vaccin contre l’hépatite B, quel qu’il soit, ne génère des réactions indésirables d’auto-immunité : le support de cette alerte n’étant autre que la revue Nature [9], l’une des plus prestigieuses de la littérature scientifique mondiale ;
  • en pharmacovigilance, la portée et la signification d’un nouvel effet indésirable (tel que ceux décrits dans le rapport de 1991 rédigé par SKB) se renforce de sa plausibilité biologique, laquelle affaiblit l’hypothèse d’une simple coïncidence : c’est une règle de bon sens que l’effet indésirable d’un médicament, si inattendu qu’il puisse paraître, a d’autant plus de chances d’être causé par ce médicament qu’on entrevoit (et qu’on a même anticipé) les mécanismes biologiques de sa survenue (comme toutes les autres, d’ailleurs, la méthode d’imputabilité des effets inattendus des effets indésirables, publiée dans le journal Thérapie en 1975 (40 :111-8) et imposée aux professionnels de santé via le Code de la santé publique, prend justement en compte la portée d’une telle plausibilité biologique au rang des « critères sémiologiques » de la méthode) ;
  • alors que depuis le lancement de la campagne scolaire, en 1994, les autorités sanitaires françaises ont fait grand cas (dans tous leurs communiqués) du fait que « le nombre de cas (de complications neurologiques) observés était inférieur au nombre de cas attendus », ces mêmes autorités (incluant B. Bégaud, ancien vice-président de la Commission nationale de pharmacovigilance) se sont trouvées obligées de reconnaître qu’en France, le moment avait été atteint où le nombre de cas « observés » dépassait le nombre « attendu » [10] : situation extrêmement inhabituelle en pharmacovigilance, compte tenu du phénomène très classique de la « sous-notification ». Il ne semble pas que, ce nonobstant, le discours des autorités sur la sécurité de la vaccination ait fait l’objet de la moindre inflexion.

On pourrait discuter à l’infini de ces circonstances et de leur portée. Mais ce qui apparaît significatif, c’est qu’elles sont totalement ignorées par la HAS en dépit de leur gravité potentielle, qui saute aux yeux. Rédigée par des professionnels de santé à l’usage de profanes (les membres du Conseil d’État), la note de la HAS présente comme allant de soi la bonne tolérance des vaccins contre l’hépatite B : il vient d’être démontré qu’elle ne va pas de soi…

Questions éthiques

Il a été largement reconnu (et même médiatisé par de nombreux experts) que dans un pays de très faible endémie comme la France, le risque de contamination d’un enfant « indigène » était quasiment nul. L’argument le plus souvent invoqué (y compris dans la note de la HAS) pour justifier une vaccination « universelle » a donc été la difficulté d’atteindre les groupes à risque par des mesures de vaccination ciblée.

Outre que l’effectivité de ce présupposé n’a jamais été démontrée (l’incidence des contaminations dans les groupes à risque n’a pas diminué en plus de 20 ans malgré une vaccination massive sinon « universelle »), il ne va pas sans poser d’immenses problèmes juridiques ET éthiques : est-il légitime d’imposer à tous les citoyens (surtout les plus fragiles : les nourrissons et les enfants) des mesures contraignantes dont ils n’ont aucune bénéfice personnel à attendre, dans le seul but de protéger une contamination éminemment liée à des choix comportementaux individuels (essentiellement : a/ des comportements sexuels à tout le moins négligents– esquivant délibérément les mesures de protection qui ont pourtant fait leurs preuves –, b/ la drogue, c/ la prostitution). Dans les documents diffusés par les autorités, il n’apparaît jamais clairement que le bénéfice individuel est quasi nul chez la majorité des enfants, le présupposé – pour fallacieux qu’il soit – étant qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver : dans « la démocratie sanitaire » naguère célébrée par M. Kouchner, il serait utile que les parents soient clairement informés que la vaccination de leurs bébés n’a d’autre justification connue que protéger – coûte que coûte – des gens qui s’obstinent dans des comportements à risque (vagabondage sexuel non protégé, prostitution, drogue).

Résumé sur les arguments de l’OMS

Bien qu’il vise manifestement à créer par un effet de masse une impression de consensus médico-scientifique, l’argumentaire de la HAS se résume donc à des citations circulaires qui s’organisent toutes autour d’informations diffusées par l’OMS.

Il vient d’être démontré que, surtout en matière de vaccinations, l’OMS n’offre pas de garanties suffisantes concernant son indépendance financière et intellectuelle par rapport aux fabricants.

À titre d’exemples confirmatifs, il vient également d’être démontré que les arguments mis en avant par l’OMS sont loin d’être irréfutables.

Les arguments des autorités françaises

Sur cet arrière-fond d’une argumentation « internationale » défaillante, on remarque que les autorités françaises ont apporté une contribution originale à une démonstration fondamentalement défectueuse. Sans viser l’exhaustivité, on se contentera là encore de quelques exemples fort suggestifs.

« L’exception française »

Il faudrait comprendre que notre pays se distinguerait par une polémique évidemment infondée sur la sécurité des vaccins contre l’hépatite B, alors que si l’on en croit l’OMS relayée par la HAS, ils seraient considérés comme « sûrs et efficaces » partout ailleurs.

Il vient déjà d’être démontré que l’évidence de cette sécurité n’est déjà pas probante à l’échelle internationale. Mais la complaisance des autorités françaises à dénoncer une inexplicable « exception française » fait l’impasse sur une circonstance largement susceptible d’expliquer cette « exception » : le schéma d’administration utilisé en France a bien été une exception française, nullement transposable ailleurs.

Il s’avère en effet que, comme attesté par les notices Vidal de l’époque, le schéma d’administration et de rappels a été beaucoup plus lourd en France qu’ailleurs (trois injections sur trois mois, puis rappel à un an, puis rappel tous les cinq ans, contre trois injections en tout partout ailleurs). Or, et compte tenu de la plausibilité biologique (pressentie depuis plus de 40 ans) d’une réaction auto-immune (cf. plus haut, l’article de Zuckerman), il va de soi que multiplier les injections est une raison largement suffisante pour multiplier les réactions auto-immunitaires indésirables. C’est un fait d’observation qui n’est pas rare chez les victimes de cette vaccination, qu’elles ont apparemment bien toléré la ou les premières injections, avant de voir une démyélinisation « exploser » à l’occasion d’un rappel tardif, selon un mécanisme immunitaire parfaitement explicable : un processus de démyélinisation infraclinique, à bas bruit, suivi d’une exacerbation brutale à l’occasion d’une nouvelle stimulation immunitaire [11].

N’est-ce pas d’ailleurs la conscientisation, regrettablement tardive, de ce risque qui a conduit les autorités françaises, en 1998, à bouleverser les recommandations concernant le nombre de doses injectées (comme rappelé dans le note de la HAS), sans la moindre justification décelable ou crédible ? Il a suffi, en effet, de quelques semaines pour bouleverser de schéma quand, à l’évidence, il eût fallu bien plus longtemps pour tester comparativement l’ancien schéma et le nouveau.

La vaccination des nourrissons

Bien que comme attesté par les documents de l’époque, la campagne lancée en 1994 n’ait concerné que les pré-adolescents, les adolescents et les jeunes adultes, il s’est produit une brutale mutation – là encore injustifiée – quand les autorités ont recommandé la vaccination des nourrissons. L’explication est la suivante.

La sclérose en plaques est une pathologie qui survient très rarement chez l’enfant, et encore moins souvent chez le nourrisson. Quand, par suite d’une vaccination, des bébés ont commencé à présenter des signes de démyélinisation, la pathologie était tellement atypique (sachant de plus que le système myélinique ne se développe que tardivement chez le nourrisson) qu’il fallait un temps certain avant d’en affirmer la réalité : souvent des années. En enregistrant, dans leur base de données, la date à laquelle le diagnostic s’est trouvé confirmé au lieu de prendre en considération la date à laquelle s’étaient manifestés les premiers signes même incomplets, les autorités sanitaires ont créé et entretenu le mythe que la vaccination ne pouvait pas provoquer une démyélinisation avant l’âge de deux ans.

Une fois encore, il était impossible d’expliquer sur une base rationnelle cette sorte de « protection antidémyélinisante » propre aux nourrissons et à eux seulement. Mais il y a plus grave : il existe sur la Toile un cas de pathologie démylinisante survenue après vaccination chez un enfant de quelques mois : il est parfaitement documenté par les pièces du dossier que, sans la moindre justification, l’AFFSAPS a obstinément refusé d’enregistrer ce cas – dont il est évident qu’il anéantissait le mythe d’une complication impossible avant deux ans.

Étude de Zipp et coll.

En 1999, en pleine polémique sur la tolérance neurologique des vaccins contre l’hépatite B, est parue la première étude consacrée à ce problème, dont les résultats plaidaient pour une absence de risque [12]. Cette étude s’est évidemment trouvée largement médiatisée par les fabricants et les promoteurs de cette vaccination.

Cependant :

  • le financement de cette étude par un fabricant n’a pas été rendu public ; or, dans son communiqué de septembre 1998, l’AFSSAPS précisait textuellement qu’il s’agissait d’une « étude menée par le laboratoire SKB » ;
  • plus grave, l’AFFSAPS (dans son communiqué de février 2000) a considéré que cette étude était « très critiquable » en raison de ses « nombreux problèmes méthodologiques » et qu’en conséquence, il convenait de « rejeter » ses résultats – pas moins.

Trois ans plus tard, sont apparus les résultats d’une étude [13] affirmant, au contraire, la réalité du risque neurologique lié à cette vaccination, qui a semé la panique en raison : 1) de la notoriété des auteurs, internationalement considérés comme faisant partie des maîtres de la pharmaco-épidémiologie ; 2) de la qualité du plan expérimental adopté.

Dans le débat précipité qui s’en est suivi, l’AFSSAPS (ayant succédé à l’Agence du Médicament) a fait le plein des arguments de nature à réduire la portée de cette étude (communiqué du 21/09/2004) : or, dans ces arguments dont il n’est pas nécessaire d’examiner le détail, elle a purement et simplement réintégré l’étude de Zipp et coll., sans éprouver le moindre besoin de justifier au nom de quoi une étude juste bonne à être « rejetée » pouvait se voir ultérieurement réintégrée devant l’urgence d’opposer à Hernan et ses collaborateurs des données suggérant la bonne tolérance du vaccin…

Les mobiles d’un argumentaire fallacieux

Il serait très peu crédible d’expliquer par l’inadvertance les insuffisances voyantes et convergentes l’argumentaire tenu des autorités françaises (cf. plus haut). En revanche et dans un cadre judiciaire tel que celui du Conseil d’État, il ne serait pas incongru de reconstituer les mobiles qui ont pu conduire lesdites autorités à réunir un argumentaire qui tient plus de la mystification documentable que de la démonstration imparable.

À la suite de la diffusion auprès des autorités sanitaires internationales du premier rapport quinquennal réalisé par le fabricant et faisant état d’effets indésirables neurologiques graves (cf. plus haut), les autorités françaises – en l’espèce l’Agence du médicament – ont ordonné la mise en place d’une enquête nationale de pharmacovigilance qui a été officiellement lancée le 01/06/94 : le retard de 3 ans au lancement de cette enquête s’expliquant, au moins partiellement, par le fait que la faible diffusion des vaccins contre l’hépatite B n’appelait guère de mesure urgente.

Or, début septembre 1994, M. Douste-Blazy, alors ministre délégué à la santé, a annoncé le lancement d’une campagne « universelle » de vaccination contre l’hépatite B, dont la mesure-phare était la vaccination scolaire des élèves de sixième et dont la logistique était confiée à la Direction Générale de la Santé (DGS). Il a été largement considéré ensuite que la motivation du ministre avait été d’organiser une mesure de santé publique assez spectaculaire pour contrer l’affaire du sang contaminé et son effet déplorable sur le public.

Il est patent que cette initiative confiée à la DGS s’est faite à l’insu de l’Agence et dans une totale ignorance des soupçons portant sur la tolérance neurologique de cette vaccination : il appartiendrait à la HAS de produire le moindre document suggérant, de juin à septembre 1994, la moindre collaboration des deux agences sur ce projet pourtant considérable.

Il est non moins patent qu’habilement médiatisée, cette mesure a été très favorablement accueillie par le public : il suffit de se rappeler les files d’attente qui se sont alors formées devant les pharmacies de France…

Ce qui s’est passé ensuite relève de ce qu’en pharmacovigilance on appelle le « changement d’échelle » : d’un effectif assez réduit de gens exposés à cette vaccination, on est passé, en un rien de temps, à plusieurs dizaines de millions de sujets exposés, générant, en un rien de temps également, un nouveau scandale dont il est clair qu’il a complètement pris au dépourvu les autorités sanitaires. Il va de soi, en effet, qu’un pourcentage faible de complications sur un effectif minuscule de patients exposés peut se traduire, en effectifs absolus, par un nombre de victimes proportionné au changement d’échelle opéré (en l’espèce, à peu près la moitié de la population française).

La confirmation de ce scénario ressort des très mauvaises raisons qui ont conduit le successeur de M. Douste-Blazy à décider l’interruption de la campagne scolaire en 1998. Pour M. Kouchner, en effet, deux raisons conduisaient à interrompre la campagne scolaire :

  • la lettre d’information destinée aux parents générait l’illusion d’une vaccination obligatoire,
  • le cadre de la médecine scolaire ne permettait pas l’évaluation rigoureuse d’éventuelles contre-indications à cette vaccination.

Or :

  • si la lettre était mal faite, il suffisait de la refaire ;
  • les autorités sanitaires n’ont jamais diffusé la moindre procédure permettant de repérer d’éventuelles contre-indications à cette vaccination. La nullité de cette argumentation incite à rechercher les vrais motifs du bouleversement opéré : il est difficile d’en envisager un autre que la nécessité de préserver la responsabilité judiciaire de l’institution scolaire. D’où il résulte nécessairement que les autorités françaises avaient, à partir de ce moment, une claire conscience des problèmes de tolérance liés à cette vaccination : il leur importait surtout de s’épargner les problèmes de responsabilité inhérents…

Conclusions récapitulatives

Pour unanimiste qu’elle paraisse, l’argumentation de la HAS se résume à des citations circulaires et sélectives de l’OMS.

Il existe d’amples preuves qu’en matière de politique vaccinale, l’OMS n’a d’indépendance ni financière, ni intellectuelle par rapport aux fabricants (alors que les enjeux lucratifs d’une nouvelle politique vaccinale peuvent être vertigineux). Ce manque d’indépendance explique la faiblesse facilement documentable de la démonstration mise au point par l’Organisation Mondiale, et relayés comme arguments d’autorité par la HAS.

Niant contre l’évidence épidémiologique qu’il existât une « exception française » avec la vaccination contre l’hépatite B, les autorités sanitaires françaises ont ajouté à l’argumentation défaillante de l’OMS des justifications dont l’inconvenance saute aux yeux même du profane - abstraction faite du rapporteur public au Conseil d’État...

Le mobile le plus facilement reconstituable de ce marasme scientifique et politique tient à un manque de coordination entre les deux principales agences sanitaires françaises, la DGS ayant lancé un plan de vaccination « universel » au moment même où, de son côté, l’Agence du médicament, sous l’égide de la Commission nationale de pharmacovigilance, s’interrogeait sur les preuves déjà consistantes d’une toxicité neurologique des vaccins contre l’hépatite B – surtout quand ils étaient administrés selon le schéma posologique exceptionnellement lourd retenu en France – et exclusivement dans ce pays.

[1] Le journal à la pointe de la résistance aux fake news n’a pas perdu son temps...

[2] D’où l’intérêt, rappelé sans rire par le président de l’association E3M, « d’avoir joué le jeu » auprès des autorités sanitaires.

[3] On y fait également l’économie de la « bienveillance » quand elle est utilisée comme cache-misère de l’indigence scientifique.

[4] Good news on hepatitis B vaccination in Europe. SCRIP Nov 28th 1997 : 22.

[5] Issu du génie génétique, le vaccin Engerix B était l’un des plus onéreux à l’époque (comme on peut le vérifier en consultant les éditions successives du Vidal).

[6] Cohen, D. and P. Carter (2010). "WHO and the pandemic flu "conspiracies"." BMJ 340 : c2912.

[7] Deux scandales à l’étranger (Le Parisien, 29/10/2009).

[8] J. Poirriez. Quelques commentaires sur la vaccination contre l’hépatite B en France. La Presse Médicale 1999 ; 28(23) : 1242-4).

[9] Zuckerman, A. (1975). "Hepatitis vaccine : a note of caution." Nature 1975 ; 255 : 104-5.

[10] Fourrier, A., B. Bégaud, et al. Hepatitis B vaccine and first episodes of central nervous system demyelinating disorders : a comparison between reported and expected number of cases. British Journal of Clinical Pharmacology 2001 : 51(5) : 489-490.

[11] On retrouve ce type de phénomène chez des gens qui se sont fait immuniser à leur insu à l’occasion d’une première piqûre de guêpe ou d’abeille, et qui développent un choc allergique éventuellement mortel à l’occasion d’une nouvelle piqûre, parfois des années ou des décennies après la première.

[12] Zipp, F., J. G. Weil, et al. (1999). "No increase in demyelinating diseases after hepatitis B vaccination [letter]." Nature Medicine 5(9) : 964-5.

[13] Hernan, M., S. Jick, et al. Recombinant hepatitis B vaccine and the risk of multiple sclerosis. A prospective study. Neurology 2004 ; 63 : 838-842.


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