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Joyeux contre Cymes : après la sacristie, la salle de garde

mardi 10 juillet 2018 par Marc Girard

RÉSUMÉ – On répond aux questions de certains lecteurs sur l’annulation des sanctions ordinales qui frappaient H. Joyeux, et sur les glapissements d’indignation que cette annulation a provoquées chez M. Cymes. On rappelle que sur le présent site, ces deux-là ont déjà été présentés comme des bouffons intellectuellement anodins et on montre qu’il n’y a aucune raison pour changer d’avis. Au passage et sur la base de souvenirs personnels inédits, on s’interroge sur l’incohérence de l’Ordre en matière de déontologie.

Table des matières

  1. L’Ordre des médecins en général
  2. L’Ordre des médecins et les politiques de santé publique
  3. Joyeux contre Cymes
    • Joyeux
    • Cymes
  4. Pour conclure

Plusieurs correspondants m’interrogent sur « l’affaire Joyeux », sur l’annulation en Cour d’appel de sa radiation et sur les critiques que cette annulation inspire à M. Cymes. Je serai bref car le foin fait autour de cette histoire me paraît largement excéder sa dérisoire portée.

L’Ordre des médecins en général

Qu’il s’agisse de faits dont il a été témoin direct ou indirect, chaque médecin a une expérience personnelle de l’Ordre, et elle est bancale : affaires minuscules montées en épingle quand des scandales immenses sont strictement ignorés, sections disciplinaires colonisées par ceux ou celles qui mériteraient le plus d’y comparaître, inconscience procédurale et arbitraire jurisprudentiel [1], etc. Pour ne prendre que deux exemples tirés de ma propre expérience :

  • en 2009, on a trouvé nombre de conseillers ordinaux, certains parmi les plus éminents, se faire les propagateurs de la mystification H1N1 sans qu’aucune sanction n’ait jamais été prise au moins a posteriori, même une fois l’arnaque impossible à ignorer ;
  • dans ce même contexte de falsification tous azimuts, le président du Comité Technique des Vaccinations m’avait accusé, sous serment et devant la représentation nationale, d’avoir usurpé le titre de « Professeur ». Pour évidemment justifiée qu’elle fût, ma plainte avait été rejetée au motif doublement débile que : 1) n’étant plus inscrit à l’Ordre (ce qui n’est aucunement une obligation en soi : il fut un temps pour l’Agence du médicament interdisait à ses collaborateurs de s’inscrire à l’Ordre), je n’étais justiciable d’aucune confraternité [2], 2) je n’avais pas pris la peine de démentir publiquement [3] ceux qui m’affublaient de ce titre paraît-il glorieux (si j’avais dû consacrer du temps à rectifier toutes les conneries qui se sont écrites sur moi – à commencer par celles de la Cour de cassation…). Cette apparence de juridisme sourcilleux – qui transposait froidement le poids du manquement du détracteur au détracté – était d’autant plus imbécile qu’à supposer que le premier eût raison (à savoir que j’aurais effectivement usurpé un titre universitaire), il semble aller de soi que l’Ordre aurait dû s’en alarmer et prendre les mesures de sanction qui se seraient alors imposées à mon égard…

Bref et pour résumer : je n’ai jamais caché comme je trouvais débiles les prises de position de Joyeux sur les vaccins, mais si l’on commençait à radier tous les confrères qui disent ou ont dit des conneries – publiquement ou dans le cadre du colloque singulier –, le Désert de la Mort serait une verte prairie par comparaison avec ce qui resterait dans le monde médical français [4].

L’Ordre des médecins et les politiques de santé publique

En 2005, encore dans l’illusion qu’un expert judiciaire était un collaborateur de la justice (et qu’il fallait respecter celle-ci), une lassitude me prit devant l’accumulation des sévices – la plupart inconcevables – que s’appliquaient à me faire subir les plus éminents responsables de cette justice. L’épuisement et le désespoir m’envahirent et, après des années de résistance isolée, je me résolus à suivre le conseil de mes amis et à appeler au secours (comme dans La Chanson de Roland…) : je me tournais d’une part vers l’Ordre des médecins, d’autre part vers les politiques que mes amis avocats m’avaient recommandés comme particulièrement impliqués dans la défense des droits de l’homme – de ces droits qui, pour ce qui me concernait, étaient à ce moment particulièrement malmenés, notamment sous l’impulsion de la Cour de cassation.

À ma grande surprise, je fus reçu sans attendre (de mémoire en deux jours, peut-être le jour même) par le président du Conseil national en personne, qui fit preuve d’une compassion indubitable, au point de se fendre d’une lettre de protestation au Garde des Sceaux (laquelle n’eût, malheureusement, aucun effet tangible sur le traitement que me la justice continua à me réserver). Alors qu’onze ans avaient déjà passé depuis le lancement dans les écoles de la campagne vaccinale contre l’hépatite B, il manifesta sans fard sa conviction qu’il y avait bien un problème avec ce vaccin.

Toutefois, et c’est où je voulais en venir, il justifia la réserve de l’Ordre à ce sujet au motif que l’instance qu’il présidait s’abstenait, par principe, d’intervenir dans les politiques de santé publique arrêtées par le gouvernement. En soi, l’argument ne laissait pas d’étonner : on aurait pu penser, en effet, que c’était au contraire une prérogative éminente de l’Ordre de conseiller le Prince en matière de santé publique. Qui plus est (j’étais trop stressé pour vérifier ou pousser mon interlocuteur dans ses retranchements, mais cela me paraît aller de soi), on n’aurait sans doute eu aucune peine à identifier des circonstances où l’Ordre s’était permis de donner son avis en pareille matière.

Qu’importe : ce qui reste de ce précédent qui a l’avantage d’avoir été personnellement vécu, c’est qu’à l’évidence, la philosophie de l’Ordre a changé – ou qu’elle est variable : au nom de quoi ? Au nom de quelle évolution traçable de la déontologie ? Au nom de quel accroissement documenté des risques infectieux ? Au nom de quelle sélectivité d’engagement quand, après avoir toléré sans piper mot un triplement inexpliqué du risque de sclérose en plaques suite à la campagne de vaccination « universelle » contre l’hépatite B, l’Ordre des médecins s’avise-t-il désormais de menacerhttp://docteurdu16.blogspot.com/sea... ceux des confrères qui continuent – non sans raisons – de tenir la rougeole pour une maladie bénigne de l’enfance ?

Tant que nous n’aurons pas de réponses crédibles à ces questions qui ne sont pas insignifiantes, les médecins français seront fondés à tenir les responsables de leur Ordre pour des rigolos opportunistes et des déontologues marrons. [5].

Joyeux contre Cymes

J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer mon mépris pour ces deux-là (ICI pour le premier, pour le second), comme par hasard à propos de la politique vaccinale des autorités, et ne vois aucune raison d’avoir changé d’avis. Que des lecteurs – certains fort fidèles – aient néanmoins tenu à me relancer à leur sujet laisse penser que je n’ai pas dû être assez clair et, dans les lignes qui suivent, je me contenterai de quelques considérations additionnelles qui confirmeront mes analyses antérieures.

Joyeux

De Joyeux, je remarquerai que quoi qu’il en dise, il n’a clairement aucune compétence particulière en matière de vaccins [6].

Comme le savent mes fidèles, je n’ai aucun a priori contre l’interdisciplinarité, mais à la condition qu’elle soit bien ordonnée. En fait, Joyeux prétend fonder sa supériorité de critique sur sa position institutionnelle, qui est celle d’un cancérologue : or, s’il est un domaine de la médecine au moins aussi scandaleux que la vaccinologie (et, sans doute, bien plus onéreux pour les deniers publics), c’est bien la cancérologie et on me permettra de regretter que l’intéressé perde son énergie à batifoler sur un domaine qu’il ne maîtrise pas (décrédibilisant du même coup ceux qui le maîtrisent mieux que lui), alors que nous serions TRÈS intéressés d’avoir de lui le moindre état des lieux sur les tares pourtant lourdes de la spécialité où il est censément reconnu [7].

Hormis ses supports de publication parfois douteux (la revue Santé, nature, innovation...), et ses pratiques assez contestables (pétitions utilisées comme outils promotionnels), j’ai un autre contentieux à l’égard de Joyeux, à savoir sa position censément critique sur la contraception orale. Certains, sans doute adeptes de ce qu’on appelle « la lecture rapide », sont même allés jusqu’à imaginer une convergence de fond entre ses positions sur le sujet et les miennes alors qu’elles sont radicalement antagonistes. Joyeux, en effet, fonde son rejet de la pilule sur sa sujétion assumée à l’ordre catholique, alors que je place cet ordre inique et névrotiquement misogyne exactement sur le même plan de brutalisation que la médecine gynécologique (allant jusqu’à parler de l’alliance historique « entre le caducée et le goupillon »). Si Joyeux veut convaincre quiconque quant à l’authenticité de sa compassion pour le corps féminin, qu’il commence par mettre la compétence de cancérologue dont il est tellement fier à dénoncer l’inconcevable brutalité du dépistage mammographique – alors que, jusqu’à plus ample informé, ce dépistage n’a jamais inspiré la moindre protestation de sa part [8].

J’ai mieux à faire, dans ma vie, que de vitupérer des gens comme lui. On me permettra, cependant, de juger comme lamentable la mobilisation panurgienne des critiques du système autour d’une icône scientifiquement, idéologiquement et éthiquement aussi problématique que Joyeux : tout ça au nom du mot d’ordre non moins problématique, parfaitement représentatif de la dépolitisation contemporaine, que « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». En réalité, par l’inanité de sa critique, par le conformisme déprimant de ses positions et par l’incohérence de ses engagements, Joyeux (comme Frachon, comme Even, comme Gherardi & Co, comme Winckler, comme les responsables de Prescrire et comme bien d’autres) contribue à renforcer le pouvoir de nuisance de mes ennemis : ce n’est pas et ce ne sera jamais mon ami…

Cymes

Je serai plus bref sur Cymes, car il n’est pas besoin d’enquêter longuement pour prendre la mesure du personnage, de son arrogance et de sa vulgarité. Muette sur la liste de ses travaux (qui est quand même la justification primordiale de quelqu’un qui prétend à la notoriété scientifique), sa notice Wikipédia mentionne comme principal fait d’armes « l’organisation des fêtes et des soirées dans les salles de garde » [9] : activité dont la trivialité notoire et l’imbécillité ravageante légitiment d’autant moins les « cartons rouges » de l’intéressé que, ne craignant pas d’offrir à publiquement « des zizis de serpent » (France Info, 30/06/18) à une collègue, ce dernier ne semble pas avoir beaucoup progressé avec l’âge.

J’ai eu une seule fois l’occasion de le rencontrer chez Daniel Schneidermann, en pleine crise H1N1 [10]. Alors qu’il existait dans le public une authentique angoisse autour de cette pseudo-pandémie [11], je ne sais trop par quel sortilège l’émission a réussi à se réorienter sur la libido de Cymes et ses succès féminins : il doit y avoir comme ça des gens qui peuvent changer de look, s’exhiber avec des créatures de rêve, parler à tort et à raison de tout et de n’importe quoi, la vulgarité leur reste comme collée à la peau : « pipi, caca, zizi, prout… ».

C’est un signe des temps – de la culture du narcissisme et de l’immaturité ambiante – que ce genre d’énergumène soit « l’animateur préféré des Français » (Le Figaro, 22/06/2017). Parmi les niais qui ne rateraient ses émissions sous aucun prétexte ou qui se tassent dans les salles de province pour écouter ses « conférences » (n’ayons pas peur des mots), je voudrais bien savoir combien se confieraient à lui pour subir une intervention grevée d’un risque iatrogène tant soit peu significatif (telle qu’une exérèse de neurinome)…

Pour conclure

Compte tenu des menaces énormes qui pèsent aujourd’hui sur la médecine, et selon une accélération que ne laisse pas d’effrayer [12], on reste confondu par la capacité médiatique de détourner l’attention des vrais problèmes (la criminalisation du monde médico-pharmaceutique) vers des confrontations ineptes entre intervenants indigents d’esprit et de coeur : qui de sérieux se soucie des opinions scientifiques ou philosophiques d’une grenouille de bénitier déguisée en rebelle ou d’un pilier de salles de garde qui n’a même pas la décence de faire accroire qu’il aurait évolué dans ses valeurs ?

Il y a forcément d’autres coupables que les journalistes dans cette attraction des contemporains pour le dérisoire et l’odieux : dans ce que, à une époque pourtant moins débile que l’actuelle, Castoriadis caractérisait déjà comme "la montée de l’insignifiance".

[1] Parfaitement représentatifs d’une formation fondée sur la discipline de clan (« comme disait mon Maître ») et la subjectivité triomphante (« croyez-en mon expérience… »).

[2] Comme chacun sait, l’Ordre des médecins a été une création du régime de Vichy : est-ce à dire qu’auparavant, aucune exigence théorique de confraternité ne s’était jamais imposée dans la profession (quels qu’en fussent les hauts et les bas en pratique) ? C’est à des détails comme ça que l’on mesure la profondeur intellectuelle qui prévaut chez ceux qui se présentent comme responsables de la déontologie…

[3] Mais selon des modalités non spécifiées par l’Ordre : à titre de contre-exemple, je n’ai jamais réussi dans ma vie à faire passer un droit de réponse dans la presse, si justifié fût-il.

[4] Lequel, je l’ai souvent dit car c’est une conviction mûrie par les ans, reste un héritage direct et parfaitement actuel de Diafoirus.

[5] Quant à mes démarches auprès des politiques impliqués dans la défense des droits de l’homme, mes amis avocats m’avaient évidemment orienté vers Robert Badinter, ce qui ne m’enthousiasmait guère car, de nouveau fort minoritaire et en dépit de mon jeune âge à l’époque, j’avais gardé un souvenir très critique (euphémisme) de sa plaidoirie lors du procès de Patrick Henry (pour ne point parler d’une défiance instinctive à l’endroit des amis de François Mitterrand). La Providence, en tout cas, devait m’épargner une schizophrénie de gratitude puisque, à ma grande surprise là encore, Badinter ne daigna même pas accuser réception de mon courrier pourtant alarmant d’un strict point de vue du droit. Un peu agacé par cette désinvolture, je relançai à deux reprises son attaché parlementaire lequel, vaguement gêné, finit par m’expliquer que son patron était trop souffrant pour prêter attention à mon humble personne. Dans les semaines qui suivirent, cependant, l’affaire d’Outreau éclata et l’on vit Badinter, manifestement bon pied bon œil, répondre sans lassitude détectable à d’innombrables sollicitations médiatiques. Huit ans plus tard, on devait retrouver l’ancien Garde des Sceaux toujours frétillant, pour défendre ardemment son ami Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel à New York. Il n’apparaît pas illicite d’en déduire qu’aux yeux de celui que l’immense majorité des juristes continue de fantasmer comme un héros des droits de l’homme, la quéquette de l’ancien ministre de Lionel Jospin compte davantage que les droits fondamentaux d’un homme qui, sans craindre d’affronter des lobbies parmi les plus puissants de la planète, avait mis sa compétence – jusqu’alors indiscutée – au service de la justice française…

[6] Preuve du fait qu’il n’a rien compris : comme la plupart des intervenants sur le sujet, il axe ses critiques sur les propriétés pharmacologiques des vaccins (du moins sur ce qu’il croit en connaître). Il n’a pas vu que, pour l’instant du moins, l’élargissement des obligations vaccinales ne concerne aucun nouveau vaccin (on a même entendu des intervenants se lancer sur une critique du vaccin antitétanique qui doit exister depuis près d’un siècle...), mais sur une nouvelle réglementation : or, cela fait des années que, preuves en main, je dénonce l’effrayante incompétence des médecins français relativement à la réglementation pharmaceutique. Il est facile de voir que la remarquable impuissance des protestataires contre la politique sanitaire du gouvernement tient à leur complète méconnaissance de cette réglementation.

[7] Sur les tares de la cancérologie, on peut lui conseiller, en première lecture, les écrits de Nicole Delépine. Il y en a ensuite bien d’autres, notamment en anglais, mais on n’a pas l’impression qu’il soit très motivé par ça.

[8] Ceux qui connaissent mon analyse de la misogynie dans la constitution de l’imaginaire médical savent que je ne suis pas dans le hors-sujet quand je m’en prends aux positions de Joyeux sur la médicalisation des femmes.

[9] Je ne suis certes pas un inconditionnel de Wikipedia ; mais, en l’espèce, les indications de cette encyclopédie en ligne concordent de façon fort éloquente avec ce qu’on peut voir du personnage.

[10] À quelque temps de là, je me suis retrouvé au Magazine de santé pour discuter de Gardasil, mais l’intéressé n’avait pas cru bon participer à l’émission : hasard ou prudence bien ordonnée ?...

[11] Comme attesté par les centaines d’e-mails que je recevais chaque jour.

[12] Je note en passant que dans les souvenirs personnels qui me paraissent pertinents pour l’actuel, certains sont fort anciens et que si je n’avais pas cru bon d’en parler en son temps, il me suffit de me baisser pour les retrouver : cette actualité brûlante des avanies du passé me paraît, à elle seule, fort évocatrice de la spirale d’aggravation que je ne cesse de dénoncer.


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