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Écologie pour les nuls : suite et pas fin

jeudi 8 août 2019 par Marc Girard

RÉSUMÉ - Sur la base d’un mémoire qu’ils avaient sollicité, on revient sur cette Directive européenne qui a ouvert la voie au forcing vaccinal, par rapport à laquelle les Verts ont fait la démonstration de leur nullité et de leur pusillanimité. On montre, preuves en mains, qu’à aucun moment, les représentants d’EELV n’ont fait l’effort de comprendre la nature et la gravité de cette Directive scélérate, et on s’interroge sur le mécanisme qui les conduit à se présenter comme des opposants alors qu’ils déclarent hautement en approuver les conséquences les plus contestables, dont l’élargissement des obligations vaccinales. Ce paradoxe conduit à s’interroger sur l’organisation mentale de leur opposition au système.

TABLE DES MATIÈRES

  • Introduction
  • La mise à mort du développement pharmaceutique
  • L’incurie d’EELV
    • Incompétence des politiques
    • L’enseignement de l’ignorance
  • Conclusion

Introduction

L’aliénation du capitalisme contemporain vise à priver les citoyens de leur pouvoir de constat et à disqualifier tout débat politique sérieux au motif que des « experts » auraient déjà tranché [1] : pour des raisons de formation, l’essentiel de mon propos concerne la médecine (incluant les domaines que cette médecine s’approprie indûment, tels que la sexualité ou l’éducation des enfants), mais il n’est point besoin de beaucoup d’imagination pour l’élargir aux « invariants » des scandales contemporains.

Deux récents articles ont permis d’actualiser l’un des questionnements principaux du présent site, à savoir le contraste entre l’incompétence des « antis » qui prétendent contester l’état présent des choses, et leur prétention à se prévaloir – eux aussi –d’une expertise qui leur fait pourtant défaut. L’un était centré sur des contributions d’EELV supposées attester un implacable engagement contre « les lobbies », l’autre (signée par un des leaders de l’AIMSIB) était consacré à une condamnation de Monsanto par un tribunal américain : dans les deux cas, le vide sidéral du contenu s’opposait au boursouflage démagogique du contenu.

La mise à mort du développement pharmaceutique

Une fois narré qu’en 2009, j’avais été consulté par les Verts sur le projet de nouvelle Directive européenne concernant la pharmacovigilance, j’ai retrouvé le mémoire que j’avais rédigé à leur usage (cf. PJ.). Le style télégraphique tient aux conditions d’extrême urgence dont je me suis expliqué, elles-mêmes reflet de l’esprit d’improvisation qui peut présider à l’appréhension, par les politiques, des problématiques soumises à leur vote, fût-ce sur les questions fondamentales [2]. Pour faire vite, rappelons que l’enjeu de cette directive, dont les députés Verts s’avisaient ainsi au tout dernier moment, n’était rien de moins que frapper d’obsolescence le dizaines de milliers de pages qui gouvernaient (parfois depuis des décennies) la mise au point des médicaments au motif de ne pas retarder la mise sur le marché des nouveaux médicaments forcément vitaux, à des prix en rapport avec l’innovation présumée, sous la garantie que la pharmacovigilance permettrait de faire face à l’éventualité évidemment exceptionnelle d’un imprévu de tolérance et que, en tout état de cause, parole serait donnée aux consommateurs.

Problème(s) sur lesquels je me proposais d’attirer l’attention des parlementaires qui m’avaient consulté : 1) la pharmacovigilance n’avait jamais été conçue pour se substituer au développement clinique, notamment pour ce qui concernait l’évaluation de l’efficacité ; 2) la pharmacovigilance, telle que pratiquée jusqu’alors, avait déjà grossièrement échoué à s’acquitter même de ses minuscules missions, et l’on pouvait sans difficulté lister les précédents de ses échecs, que ce soit à l’échelle internationale (Distilbène, Vioxx, zolpidem, triazolam, Hexavac, Pandemrix, antidépresseurs, pilules contraceptives, traitements de la ménopause, cérivastatine, tolcapone…) ou nationale (hormone de croissance, Distilbène encore [3], progabide, tacrine, fenfluramines, Androcur, fluoroquinolones…) ; 3) la pharmacovigilance revue et saccagée par les industriels via ce projet de directive n’était que l’ombre de la pharmacovigilance pourtant cachectique qui avait prévalu jusqu’à ce moment ; 4) la pharmacovigilance n’a rien à voir avec « la démocratie », surtout quand celle-ci est promue par les instances européennes sous forme d’associations [4].

Je ne pense pas me vanter en soutenant que nonobstant les contraintes qui avaient présidé à sa rédaction, mon mémo récapitulait une expérience inhabituellement large du médicament, recouvrant les évaluations d’efficacité (classiquement parent pauvre de la pharmacovigilance), les méthodes de pharmacovigilance, le rapport bénéfice/risque, l’arnaque de la « prévention », l’importance et la spécificité d’une réglementation jusqu’alors pointilleuse (rapports périodiques, notices, inspections, veille bibliographique), les illusions d’une « harmonisation » ignorant la dimension culturelle des pratiques de soin, le caractère intrinsèquement probabiliste des évaluations en recherche clinique, l’antagonisme formidable entre les exigences traditionnelles de sécurité médicamenteuse et les règles commerciales de libre circulation, la publicité mensongère, le cynisme grossier de dispositions visant simplement à alléger encore plus le coût des responsabilités qui revenaient traditionnellement aux fabricants. Plus fort encore : négligeant la légitimité des titre(s) au nom desquels j’aurais pu me poser en expert en des matières aussi techniques et intriquées [5], j’avais fondé ma démonstration sur des précédents (grippe H1N1, Gardasil) et références (rapport Dartigues) à la disposition du premier profane venu, assorties de sources qui sans sortir de l’impératif de limitation, devaient faire partie du bagage de n’importe quelle personne impliquée dans la défense de l’environnement (le livre de Michaels, par exemple). J’ai parlé d’une expérience inhabituellement large du médicament : pour l’objectiver malgré l’apparente arrogance du propos, qu’il me soit permis de renvoyer, par comparaison avec mon mémo, aux sempiternels dégoisements des auctoritates du secteur passant à côté des ratés de tolérance les plus patents (narcolepsies après vaccin anti-H1N1) au motif de la différence entre coïncidence et causalité, ou encore aux masturbations pitoyables des héros du REVAHB concernant le « petit quelques chose » supposé émerger de la vaste farce « cas attendus/observés » [6].

L’incurie d’EELV

Il suffit de chercher les objections d’EELV lors du vote de la directive – c’est-à-dire en gros : rien – pour reconstituer que, comme immédiatement suggéré par les réactions de mes interlocuteurs lors de ma venue à Strasbourg – mes hôtes n’avaient RIEN compris au problème posé et qu’ils n’ont fait AUCUN usage de mon analyse. On en tire deux enseignements – largement extrapolables à d’autres situations de décision politique [7] : 1) l’incompétence des politiques et les risques que cette incompétence fait courir aux citoyens ; 2) la contribution des gens comme Rivasi à l’enseignement de l’ignorance [8].

Incompétence des politiques

La présente contribution ne fait que reprendre la thématique de celle, également fort récente (16/07/2019), déjà consacrée à la nullité des Verts, en entrant plus précisément dans la documentation du fait (cf. PJ). Sur le présent site, cette nullité des politique n’est pas un constat nouveau : il a scandé par exemple, et depuis le début, mon analyse de la mystification Médiator qui a impliqué bien d’autres politiques [9] que les Verts et dont, à l’évidence, Rivasi n’est pas encore sortie.

Bien entendu, l’intérêt de cette histoire particulière est de conforter le constat d’une nullité assez systémique, dont on trouve des illustrations aussi bien à l’échelle locale que nationale ou internationale : il y a quelques semaines et pour rester dans le domaine du Droit, la revue Reporterre a consacré un article à la façon dont Amazon a imposé sa loi d’airain dans un projet d’utilisation de l’espace public, grâce à un contrat rédigé par des avocats américains chevronnés engageant toute la métropole de Metz et signé, en tout et pour tout, par un élu local parfaitement incompétent en droit international et qui reconnaît ne pas comprendre un traître mot d’anglais [10].

Il fut un temps pas si lointain, un temps où le mot « socialisme » avait encore un sens, où (bien que le baccalauréat n’eût pas encore été rétrogradé au statut d’œuf Kinder contenant une récompense assurée pour tous les enfants-rois amateurs de chocolat) on a pu voir un simple coiffeur fermer sa boutique pour aller siéger au Parlement le temps de son mandat. Il serait intéressant de se demander ce qui a pu changer depuis, et pourquoi…

L’enseignement de l’ignorance

Je n’ai pas lu ses œuvres complètes, mais c’est quasiment un tic, chez Rivasi, de mettre en avant son statut de normalienne et d’agrégée. Il est assez comique de remarquer que si de telles distinctions ont longtemps concrétisé une certaine excellence française au moins dans l’ordre scolaire – sinon scientifique –, ce sont précisément celles qui ont été le plus violemment jetées aux orties par les grands maîtres de la pédagogie moderne responsables de la déchéance actuelle de l’école et pour lesquels, comprenne qui pourra, Rivasi professe son admiration : si Meirieu et ses semblables avaient tenu les rênes de l’institution scolaire à l’époque où Rivasi faisait des études, il n’y aurait eu ni École Normale supérieure, ni agrégation, et l’intéressée aurait été privée de ses arguments-clés pour se poser en pourfendeuse des « lobbies » et de leurs experts… Faut-il penser que c’est sous l’influence de ces Grands Maîtres que Rivasi aurait perdu la disposition basique à la logique et à la cohérence, dont l’acquisition – à l’époque de l’école d’avant – était bien antérieure aux concours dont Rivasi se goberge si complaisamment ?

Je mets quiconque au défi d’identifier, dans les programmes de Normale Sup ou de l’agreg, quelque lambeau de savoir qui permettrait de répondre aux questions très précises récapitulées dans ma note (cf. PJ) : les procédures d’autorisation de mise sur le marché, les enjeux de la pharmacovigilance, les contraintes de la publicité pharmaceutique, etc. Certes, des blaireaux qui parlent sans savoir, on en trouve partout, et Internet n’a pas arrangé les choses. Mais Rivasi ne se contente pas de ne pas savoir : constamment, on l’a vu, elle se présente comme professeur – c’est-à-dire comme quelqu’un supposé savoir plus que ceux qui l’écoutent. Il commence là, l’enseignement de l’ignorance…

Il commence là, mais va plus loin encore. Car sur un domaine où, indubitablement, elle ne connaît RIEN – la réglementation pharmaceutique –, elle n’est même pas capable de reconnaître les éléments d’information qui lui manquent quand on les lui apporte sur un plateau (cf. PJ)…

« L’aliénation du capitalisme contemporain vise à (…) disqualifier tout débat politique sérieux », disais-je en Introduction. Avec une normalienne agrégée qui professe sans désemparer ce qu’elle ignore si manifestement, on peut dire que Rivasi a bien rempli le contrat que lui a été fixé par le Parlement européen : tout comme Voynet qui s’imagine, avec le même aveuglement, que les minables exercices de touche-pipi auxquels s’adonnent ses amis contribuent à l’émancipation des gens – et des plus exploités en particulier.

Les « lobbies », qui sont à Rivasi et à Jadot ce que « la finance » était à Hollande [11], ont l’assurance d’une belle prospérité tant qu’ils auront des opposants de cet acabit…

Conclusion

Dans son récent ouvrage Comprendre le nazisme [12], résultat d’une plongée probablement inégalée dans les innombrables productions (journaux, brochures, livres, films…) du IIIe Reich, l’historien Johann Chapoutot montre à quel point les nazis avaient subverti les instances universitaires les plus glorieuses de l’Allemagne, notamment celles de la médecine et, plus encore, de la biologie. « Le nazisme, dit Hitler, c’est de la biologie appliquée », et il ne fait aucun doute que cet idéal a été pris très au sérieux par les plus éminents représentants de l’intelligentsia allemande, incluant – cela ne s’invente pas – l’« Association des professeurs de biologie » (p. 141) et les auteurs de manuels scolaires, tous acharnés à crédibiliser une idéologie de scientisme aussi primaire que vicieuse. Selon Chapoutot parlant du nazisme, « Lorsque vous dites : ‘je ne fais pas de politique, je fais de la science’, il n’y a pas de débat : qui va oser vous contredire ? » (p. 263). Quand, alors que les abus de la mission Hurel ou les manipulations de la consultation Fischer sont dans toutes les mémoires et appelleraient, justement, une réflexion politique sur les déterminants réels des décisions gouvernementales concernant les vaccinations, à quoi joue Rivasi lorsqu’elle clame, dans son dernier article de Politis : « je sais [13] ce que les vaccins ont apporté en termes de progrès sanitaires au XXe siècle, de lutte contre la mortalité infantile… (…) Scientifique de formation (…) je rejette depuis toujours l’obscurantisme. » ?

C’est dire qu’à une époque où la sauvagerie infantile de notre gouvernement [14] fait craindre « le retour de la Bête immonde », on blêmit d’entendre des « professeurs de biologie » qui se complaisent à imaginer que leur pauvre position dans l’institution scolaire serait de nature à rassurer les foules [15], alors même qu’ils louent publiquement les progrès de la brutalisation en cours et qu’ils sont manifestement incapables de réagir quand on impose à nos enfants des manuels scolaires qui sont juste à gerber.

[1] Je n’ignore pas – ça fait partie du système – qu’il est à la mode de complexifier les enjeux par de nouveaux concepts (« néolibéralisme ») aussi vagues que ceux de la philosophie classique. Pour ma part, je continue à imperturbablement user de termes consacrés par l’usage, non parce que je les aurais tirés de lectures que je n’ai pas faites, mais simplement parce qu’ils structurent adéquatement mon expérience de vie : « exploitation de l’homme par l’homme », « lutte des classes », « prolétariat », « capitalisme »…

[2] La question m’ayant été posée à plusieurs reprises, signalons que malgré le travail que m’avait coûté de ce mémo réalisé dans des conditions extrêmement défavorables, je n’avais facturé aucun honoraire aux demandeurs, bien qu’ils fussent collectivement et individuellement bien plus fortunés que moi : concept emprunté à Lasch et qui revient fréquemment sous ma plume, le « désintéressement » n’est pas juste un mot…

[3] Le drame international précité, mis en évidence de 1971, se doublant d’un scandale national puisqu’il faudra plus de dix ans pour que les praticiens français s’en avisent.

[4] Lesquelles sont rarement transparentes sur leur financement.

[5] Il eût été lassant, par exemple, d’énumérer dans les exemples précédents ceux par rapport auxquels j’avais en plus un privilège d’antériorité parfaitement documentable. Depuis ma visite aux Verts, ce privilège d’antériorité s’est renforcé de ma position d’emblée critique par rapport à la plaisanterie Médiator, dont j’avais annoncé qu’elle se solderait par une dégradation qu’il est aujourd’hui difficile de nier, alors que cette vaste blague est toujours présentée comme significative par Rivasi.

[6] Bien qu’elle soit constamment le dernier mot de l’administration sanitaire française (héros du REVAHB inclus) dans toute alerte de tolérance, je n’ai pas souvenir d’avoir jamais entendu un spécialiste sérieux invoquer la différence attendus/observés, dont il est facile de montrer qu’il s’agit d’un argument radicalement idiot.

[7] Bien que cette Directive criminelle ait puissamment conforté l’industrie pharmaceutique dans sa dérive maffieuse et que son impact sur la santé publique soit vertigineux – nonobstant les dénégations ridicules à force de naïveté de tous ceux, EELV en premier, qui ont porté Irène Frachon en triomphe sur la promesse d’une réforme pharmaceutique drastique –, ce précédent dépasse largement la seule pharmacie industrielle : d’où l’intérêt d’y revenir avec un minimum de détails, qui est la justification du présent article.

[8] J-C Michéa. L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, Climats 2006.

[9] Ça fait toujours plaisir de renvoyer Gérard Bapt à son investissement sur cette grotesque mystification : la mémoire, surtout quand elle est documentée, n’est pas un exercice qu’affectionnent les politiques…

[10] Avec une longanimité qui les honorent, les auteurs de l’article s’abstiennent d’observer que l’argument décisif de l’élu pour justifier cet échange atrocement inégal – « ça va créer des emplois » – est typiquement celui des prostitué(e)s : faut bien vivre

[11] Leur « pire ennemi » – hi ! hi !

[12] Taillandier, 2018.

[13] Il est patent que sur le sujet, elle ne connaît rien de sérieux.

[14] "Cet âge est sans pitié" disait La Fontaine.

[15] On blêmit également de les entendre clamer qu’ils sont "scientifiques de formation" comme une réassurance qui irait de soi, quand le même Chapoutot peut soutenir sur la base d’un corpus difficile à contrer "les nazis sont les héritiers de la science du XIXe siècle" (c’est-à-dire, compte tenu du délai de propagation des idées, de la science qui leur est contemporaine au moment où ils commencent à exister).


Documents joints

De M. Girard à M. Rivasi

7 août 2019
Document : PDF
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