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Arrêt du Conseil d’État sur l’indisponibilité des vaccins obligatoires

samedi 25 février 2017 par Marc Girard

RÉSUMÉ – Sur la base d’exemples tirés d’une réaction journalistique, médicale, puis anti-vaccinaliste, on montre que, grâce au récent arrêt (08/02/17) du Conseil d’État sur la disponibilité des vaccinations obligatoires, est en train de se réaliser le « coup de force tant redouté » d’un élargissement des obligations vaccinales. Une fois encore, on tire un coup de chapeau bien mérité aux anti-vaccinalistes pour la remarquable contre-productivité de leur action.

Les statistiques de fréquentation du présent site laissent penser qu’un certain nombre d’internautes sont venus y chercher un commentaire après l’arrêt (08/02/17) du Conseil d’État enjoignant au ministre de la santé de prendre des mesures pour rendre disponibles des vaccins correspondant aux seules obligations de vaccination. Le voici, sous forme succincte.

Quoique le scandale soit encore loin d’être réparé (cf. plus bas), il aura donc fallu près de 10 ans [1] pour voir une instance judiciaire s’aviser d’une situation objectivement incroyable : une vaccination obligatoire ET indisponible – avec sanctions à la clé pour les rares téméraires qui eussent prétendu s’arrêter à cette indisponibilité [2].

Rappelons que cette situation exposait – et expose toujours, jusqu’à nouvel ordre – les citoyens français à quatre inconvénients au moins :

  • être obligés de s’exposer à des vaccinations facultatives, en une coercition parfaitement illégale et, à ce titre, sidérante dans un pays réputé démocratique ;
  • subir le surcoût lié à l’achat de valences non obligatoires [3] ;
  • être privés du droit à l’indemnisation tel que prévu par le législateur pour les accidents consécutifs aux vaccinations reconnues comme obligatoires [4] ;
  • s’exposer à l’iatrogénie liée à l’administration de vaccins supplémentaires et, le cas échéant, à leur association.

Des réactions qu’on a pu entendre ici ou là, j’en retiendrai seulement trois, qui me paraissent assez représentatives, pour faire un nouveau constat de la sidération intellectuelle qui prévaut, dans notre pays, dès qu’il s’agit de vaccinations.

  1. Jean-Yves Nau a pondu un article indigent (Slate, 10/02/17), en décrivant comme une victoire des « anti-vaccinalistes » ce timide premier pas de la Cour suprême administrative pour mettre fin à une situation dont l’incongruité légale, juridique et médicale devrait sauter aux yeux des pires abrutis. Nouvelle production journalistique – parmi bien d’autres – qui réactualise la question régulièrement posée dans les rédactions depuis le début des années 1980 : par quel fait de quel prince (ou de quelle princesse) un aussi médiocre étudiant [5] d’une modeste faculté de Province [6] a-t-il pu accéder à une telle notoriété grâce à un organe de presse qui, via Le Monde de la médecine, s’est longtemps trouvé le journal médical le plus lu dans notre pays ?
  2. Le principal syndicat des médecins libéraux (CSMF) s’est déclaré favorable à une augmentation du nombre de vaccins obligatoires en France (Le Figaro, 24/02/17) : sachant que, d’expérience, seule une minorité d’entre eux doit être aujourd’hui capable de poser un diagnostic de rougeole [7], on se contentera de demander sous quelle influence tant de médecins français, au lieu de se contenter d’être des soignants dans le respect du serment qu’ils ont tous prêté, se complaisent à jouer les incendiaires de l’anxiété parentale – parmi bien d’autres anxiétés.
  3. Un certain nombre d’anti-vaccinalistes se sont réjouis que, suite à cet arrêt, des pro-vaccinalistes éminents aient recommandé l’arrêt des obligations vaccinales. Admirable raisonnement bien typique de l’infantilisme des anti-vaccinaux (c’est tellement plus confortable d’avoir l’autorité – ou, du moins, l’autoritarisme – derrière soi…) : mais si l’opinion des « experts » du Comité Technique des Vaccinations (CTV) et autres officines de la même eau mérite d’être prise en considération lorsqu’ils plaident pour l’arrêt des obligations, au nom de quoi ne devrait-on pas les suivre dans le reste de leur discours (lequel tend rarement vers une modération vaccinale) ? Quant Tintin criait à tue-tête « Vive le général Alcazar ! [8] », il avait au moins l’excuse d’être complètement bourré : les anti-vaccinalistes, eux, n’ont pas besoin d’aguardiente [9] à forte dose pour acclamer les pires gredins…

Les sourcilleux confrères qui prétendent maîtriser les statistiques [10] m’objecteront que trois exemples seulement sont un peu courts pour en inférer un enseignement général : mais les habitués de mon site savent que pour succincts qu’ils puissent paraître, ces exemples – qui ressortissent : 1/ à la presse, 2/ aux médecins, 3/ aux antis de tout poil – renvoient à des tendances lourdes de toutes les formes de propagande néo-capitaliste, notamment pour autant que la « santé » (kékséksa ?) soit concernée.

En fait, le Conseil d’État n’a mis en demeure le ministre de la santé ni d’abolir les obligations vaccinales, ni de réintroduire coûte que coûte l’introuvable DTP, et il suffit de lire la réaction de Marisol Touraine (L’Express, 15/02/17) pour constater qu’elle a bien entendu cet arrêt comme l’incitation à élargir lesdites obligations [11].

On se retrouve donc dans le même piège à cons qu’avec la QPC : une question maladroite à force de pusillanimité, débouchant sur une réponse exploitable dans un sens exactement opposé à celui escompté par ceux qui l’avaient posée pour se faire mousser [12]. À savoir, en l’espèce, l’issue tant redoutée que je n’ai cessé d’évoquer depuis plus de deux ans – à savoir un élargissement des obligations vaccinales – en opposition assumée avec la volupté triomphante des anti-vaccinalistes, tellement honorés à l’idée que dans ces débats pour débiles organisés par le Ministère, on allait – enfin – entendre leur voix irremplaçable [13]. Narcisse, on disait ? [14]...

Dans mes prochains articles et pour autant que me revienne le courage de remuer la merde pour disséquer la bêtise post-moderne [15], il me restera à reconstituer comment, à partir d’une situation d’obligations déjà profondément archaïque et malgré des scandales sanitaires probablement sans équivalent à l’échelle internationale, il a été possible d’en arriver là : encore plus d’obligations et, pire encore, encore plus de vaccinations [16].

Avec, cela va de soi : un moindre remboursement du « petit risque »

Nom d’un château !

[1] À raison d’environ 800 000 naissances par an, ce sont donc plus de 8 millions d’enfants qui se sont vus forcés de recevoir des vaccins non obligatoires : heureusement que, sur tout ce temps-là et grâce à Irène Frachon, on a eu Médiator pour se passer les nerfs et – surtout – pour penser à autre chose qu’à l’essentiel… À l’occasion, ce sera intéressant de comparer l’argent gagné par Servier grâce à Médiator et celui engrangé par les fabricants de vaccins grâce à des obligations indues et à la complicité objective des prescripteurs : on a, à l’Assemblée Nationale, des habitués des commissions budgétaires qui doivent être capables de faire le calcul, au moins approximativement...

[2] Bravo au passage à tous nos parlementaires « lanceurs d’alerte » dont pas un seul, à ma connaissance, n’a entrepris quoi que ce soit de tangible (je ne parle pas des promesses « qui n’engagent que ceux qui y croient », comme disait « l’homme politique préféré des Français ») pour mettre fin à cette situation qui défie le bon sens.

[3] Que ce surcoût soit acquitté directement par les citoyens, ou indirectement par l’intermédiaire de l’assurance maladie (dont les ressources sont déjà épuisées à cause des assistés qui, déjà incapables de s’acheter un château, prétendent se faire rembourser « le petit risque »).

[4] Quoique – bizarrement – ni la presse, ni les anti-vaccinalistes n’aient éprouvé le besoin de médiatiser cet arrêt du 27/04/2012 pourtant fondamental, le Conseil d’État a néanmoins admis que l’on pouvait faire droit à une demande d’indemnisation pour des dommages post-vaccinaux qui n’étaient pas « exclusivement imputables à l’une de ses valences facultatives ».

[5] Nau n’avait apparemment pas fini ses études quand il a été recruté au Monde.

[6] Celle de Tours.

[7] Je ne parle pas de ceux qui, n’ayant jamais regardé un tympan au cours de leurs études, font un diagnostic d’otite sur un tableau de méningite – arrangeant le coup, ensuite, en prétendant (avec l’aide des médias) qu’elle était « fulminante »…

[8] « Et les pommes de terre frites » (L’Oreille cassée).

[9] « L’eau-de-vie du pays », précise Hergé, toujours aussi généreusement didactique.

[10] Tel n’est pas mon cas : en professionnel doté d’une formation mathématique à tout le moins supérieure à la moyenne, j’ai toujours détesté ce que le monde médical, sous l’influence de Big Pharma, avait fait de cette science a priori honorable.

[11] S’il s’agissait d’user de ses pouvoirs réglementaires pour réintroduire le DTP (d’ailleurs suspendu sur une base illégale), le ministre n’aurait pas besoin d’annoncer « qu’un texte législatif sera nécessaire »…

[12] Le Conseil d’État s’étant même payé le luxe d’écarter toute argumentation « sur les risques allégués des vaccinations non obligatoires », en relevant - comme argument décisif - qu’elles étaient « recommandées » : donne la patte, gentil Conseil d’État

[13] Alors que leur participation a simplement contribué à crédibiliser l’idée d’une « concertation citoyenne », ouverte à tous les courants d’opinion, avec – démocratie oblige – vae victis ! pour règle du jeu s’imposant naturellement à tous les couillons qui l’avaient acceptée. Comme le souligne Pourquoi Docteur (24/02/17), les dernières recommandations du Prof. Fischer (c’est-à-dire, essentiellement, l’élargissement des obligations vaccinales), sont « nourri(es) des arguments avancés par les pro et les anti-vaccinations » (c’est moi qui souligne).

[14] On rappelle en passant qu’on avait vu, chez les anti-vaccinalistes, les mêmes poussées de crétinisme triomphant lorsque avait été annulée l’obligation du BCG (moins de 0,56 € la primovaccination) à peu près au moment où la solidarité nationale commençait de prendre en charge Gardasil (420 €).

[15] Triomphe du néocapitalisme (cf. Boltanski et Chiapello), la bêtise post-moderne se caractérise par le fait que ceux qui se présentent comme les opposants les plus déterminés du système en sont, objectivement, les plus ardents excitateurs : on avait déjà l’exemple de Cohn-Bendit en politique, on avait aussi la « théorie du genre » mais, dans le domaine plus restreint du business pharmaceutique et de sa promotion, les anti-vaccinalistes (et, par-delà, les défenseurs des médecins « alternatives ») n’ont de leçons à recevoir de personne : se référer à l’autorité du président du Comité Technique des Vaccinations pour promouvoir l’arrêt des obligations vaccinales, fallait le faire – ils l’ont fait...

[16] Peu après la mise en ligne du présent article, une journaliste très impliquée dans la dénonciation des lobbies pharmaceutiques m’écrit : "Les antivaccinalistes - surtout les "engagés" - sont désespérants de débilité, j’en fais l’expérience tous les jours…"


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